Des milliers de Témoins de Jéhovah parmi les millions de victimes du nazisme

Les Témoins de Jéhovah font partie des groupes persécutés commémorés ce dimanche 30 avril, à l’occasion de la « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation ». En ce jour de recueillement, l’héritage des personnes injustement déportées dans les camps de concentration nazis sera rappelé dans tout le pays.

Selon le Professeur Robert Gerwarth, les Témoins de Jéhovah ont été identifiés comme « le seul groupe sous le IIIe Reich à être persécuté uniquement en raison de ses croyances religieuses ». Sur les 35 000 Témoins de Jéhovah présents dans l’Europe sous l’occupation nazie, plus d’un tiers ont été victimes de persécutions directes à cause de leur foi chrétienne. Environ 4 200 Témoins de Jéhovah ont été envoyés dans des camps de concentration. Environ 1 600 Témoins de Jéhovah sont morts, dont 370 exécutés. [1]

Les Témoins de Jéhovah, également connus à l’époque sous le nom d’« Étudiants de la Bible », ont été parmi les premiers à être envoyés dans les camps de concentration. L’expert Detlef Garbe a écrit : « L’intention des dirigeants NS [nazis] était claire : éliminer entièrement les Etudiants de la Bible de l’histoire de l’Allemagne ». [2]

En accord avec leurs croyances, les Témoins de Jéhovah restaient neutres sur le plan politique. Ils refusaient de dire « Heil Hitler », de prendre part à des actes racistes et violents ou de rejoindre les rangs de l’armée allemande. L’historienne Christine King ajoute : « Leurs publications dénonçaient publiquement les exactions du régime, y compris ce que les Juifs subissaient ». [3]

Dans les camps, les Témoins de Jéhovah étaient identifiés par un triangle violet. Des centaines d’enfants de Témoins de Jéhovah ont été enlevés et placés chez des familles nazies ou dans des maisons de correction. Simone Arnold Liebster, envoyée à l’âge de 12 ans dans une maison de correction pour filles, écrivit : « La Gestapo a dévasté notre vie de famille, détruit mon enfance et laminé notre assemblée locale ».

Selon l’historienne Christine King, les Témoins de Jéhovah ont été stigmatisés comme « ennemis de l’Etat » par le régime nazi en raison « de leur refus affiché d’adopter ne serait-ce que le plus infime élément du nazisme, qui était incompatible avec leur foi et leurs croyances ». [4]

Geneviève De Gaulle, nièce du Général Charles De Gaulle, et membre de la résistance française, a déclaré au sujet des femmes Témoins de Jéhovah prisonnières dans le camp de concentration de Ravensbrück : « Ce que j’admirais beaucoup en elles c’est qu’elles pouvaient du jour au lendemain sortir en signant une renonciation à leur foi. (…) En somme, ces femmes, qui apparemment étaient si faibles et si épuisées aussi, étaient plus fortes que ces S.S. qui avaient pour eux le pouvoir et tous les moyens. Elles avaient leur force et c’était la force de la volonté. Et cela, personne n’a pu l’abattre ». [5]

Les nazis cherchaient à briser les convictions religieuses des Témoins de Jéhovah, leur offrant la liberté en échange d’un serment d’obéissance. Le formulaire Erklärung (utilisé à partir de 1938) exigeait du signataire qu’il renonce à sa foi, qu’il dénonce les autres Témoins de Jéhovah à la police, qu’il se soumette totalement au gouvernement nazi et qu’il défende la « Mère patrie » l’arme à la main.

Dans les prisons et les camps, les officiers utilisaient fréquemment tortures et privations pour contraindre les Témoins à signer. La grande majorité d’entre eux préservèrent leur foi d’une telle compromission.

Les nazis ont échoué. La coercition n’a pas fait plier les Témoins de Jéhovah. Ils se sont démarqués du conformisme ambiant observé avant et pendant l’Holocauste. C’était des gens ordinaires. Ils ont pourtant opposé une résistance non-violente au racisme, au nationalisme extrême et à la cruauté. Il y a là matière à réflexion, en cette « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation ».

Portrait de déporté : Simone Arnold (Liebster)

Simone Arnold est née à Husseren-Wesserling (Haut-Rhin) en 1930, environ 10 ans avant l’occupation du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle par les Allemands.

À l’âge de 11 ans, le père de Simone est arrêté au motif qu’il est Témoin de Jéhovah. Après avoir été détenu au camp de Vorbruck-Schirmeck, il est déporté à Dachau, puis à Mauthausen.

Quelques mois plus tard, âgée de 12 ans, Simone subit brimades et violences pour avoir refusé de prononcer le « Heil Hitler » et de chanter des chants nazis. Déférée devant un tribunal pour enfant, elle est finalement déportée dans une maison de redressement à Constance, en Allemagne. À partir de cet instant, son existence ressemble à un conte cruel. Les corvées, les mauvais traitements, les humiliations, la faim et le froid rythment son existence. Un jour, Simone apprend par une surveillante que sa mère a été arrêtée et envoyée elle aussi au camp de Schirmeck.

Les mois de souffrance se suivent et se ressemblent. En 1945, une femme émaciée et blessée vient chercher Simone, qui ne reconnait pas immédiatement sa mère. Peu de temps après, son père revient en France, meurtri. La famille est enfin réunie. Par la suite, tous resteront des Témoins de Jéhovah actifs.

L’histoire de Simone rappelle qu’une foi invincible peut habiter dans un jeune cœur.


Vous trouverez davantage d’informations sur les Témoins de Jéhovah pendant la période de l’Holocauste sur jw.org :

Qu’est-il arrivé aux Témoins de Jéhovah sous le régime nazi et dans les camps de concentration ? (jw.org)

La Shoah : pourquoi a-t-elle eu lieu ? | Questions bibliques (jw.org)

Les Témoins de Jéhovah sont mis à l’honneur lors du mémorial de la libération de Brandebourg (jw.org)

Une cérémonie dans un camp de concentration italien rend hommage aux Témoins de Jéhovah persécutés par les nazis et les fascistes (jw.org)

Les survivants du camp d’Auschwitz commémorent les 70 ans de sa libération (jw.org)

Hongrie : le centre commémoratif de l’Holocauste honore les Témoins (jw.org)


[1] “Number of victims persecuted in National Socialist Germany and in occupied countries,” Central Europe PID fact sheet.

[2] Garbe, Detlef (2008). Between Resistance and Martyrdom: Jehovah’s Witnesses in the Third Reich. Madison, Wisconsin: University of Wisconsin Press, p. 521. ISBN 978-0-299-20794-6.

[3] Responses Outside the Mainstream Catholic and Protestant Traditions (yadvashem.org), consulté le 3 janvier 2022.

[4] La fermeté des Témoins de Jéhovah face à la persécution nazie (vcf/-F), Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, 1997.

[5] La fermeté des Témoins de Jéhovah face à la persécution nazie (vcf/-F), Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, 1997.